« Nous sommes tous des migrants », a rappelé Éric Boone, directeur du Centre théologique, en ouvrant le forum. Migrant, le père Benoît de Mascarel l’a été six ans en Chine, de 2002 à 2008. Il constate qu’il a « vécu la première année dans un contexte de grande vulnérabilité et de grande dépendance », liées à diverses difficultés : ne pas pouvoir dire qu’il était prêtre, être assujetti à de nombreux contrôles administratifs et, surtout, à l’interdiction de célébrer une messe publique. « Comment accomplir sa mission dans ce contexte de clandestinité ? » Mais, contrepartie essentielle, il a « vécu une amitié comme les Hébreux arrivant en Terre promise ». Il a été proche de ceux qui souffrent à cause de leur foi.
L’étudiant étranger, ambassadeur d’aujourd’hui, partenaire de demain
Étranger, Médard Koshigan, togolais, l’est aussi, à Poitiers. Il prépare un master 2 de génie des matériaux, pour compléter des études commencés en Algérie dans un contexte difficile. Là bas, « impossible d’être étranger, black, sans être observé ». Chrétien, il a eu de nombreux échanges avec des musulmans, avec l’appui d’un aumônier, le père Jean-Paul. À son arrivée en France, voici ce qu’il a éprouvé : « la première impression, c’est que tout est beau, on ne te crucifie pas dans la rue ». Les difficultés viennent avec les démarches administratives à effectuer à l’heure où il faut suivre les cours, connaître les transports en commun, trouver quelques heures de travail parce que les bourses sont insuffisantes. La solidarité joue à fond entre les étudiants dans cette situation. Avec les étudiants français, les relations sont bonnes, mais, ajoute Médard, « nous ne vivons pas la même réalité ». Heureusement, il y a aussi l’Aumônerie des étudiants où « il vit des choses très fortes ». Sa grande frustration, c’est la contradiction entre les récentes décisions prises à l’égard des étudiants étrangers et le discours de la démarche Campus France qui les incite à venir étudier en France. Il souligne que 70 % des étudiants étrangers veulent revenir chez eux pour contribuer au développement de leur pays. Parce que, dit-il, « quand tu pars de ton pays tu portes les espoirs de ta famille ». Médard parle avec enthousiasme d’un projet de recyclage des plastiques qu’il prépare pour son retour. Pour lui, ce qu’on sème dans les cœurs risque de rester pendant des années alors, conclut-il, « qu’on est des ambassadeurs d’aujourd’hui et des partenaires de demain ».
Agir auprès des jeunes
Or, les échanges entre jeunes constituent une démarche essentielle à la compréhension entre les cultures, donc à la paix. C’est ce que veut promouvoir l’association « ASF Vivre sans frontières » en organisant des séjours scolaires, universitaires et de volontariat. Natasha, 17 ans, de Bosnie-Herzégovine, est en terminale au lycée à Châtellerault. Erdem, de Turquie, 16 ans, est au lycée du Bois-d’Amour à Poitiers. Ils sont accueillis chacun dans une famille et « contents d’être là ». Ils ont été « bien accueillis par les autres élèves » et, soulignent-ils, « tout le monde essaie de nous aider ». En dehors du lycée, ils participent à des activités extrascolaires : varappe et échecs pour Erdem, tennis de table pour Natasha qui fait partie de l’équipe nationale dans son pays. En France, Yannick Blanc constate : « Les lycées d’Ile-de-France sont des mosaïques dont il faudrait profiter. En effet, à l’adolescence, les points de repère des jeunes sont communs. Il faudrait profiter de ces moteurs de l’intégration. »
Des ateliers ont permis d’examiner différents aspects des migrations, en particulier les législations. Ainsi, Jean Haffner, directeur du service étrangers du Secours Catholique, souligne : « aujourd’hui, le meilleur conseil qu’on peut donner à ceux qui entourent les migrants, c’est de les aider à communiquer en français et à participer à des activités ». L’Acat, la Cimade (Service œcuménique d’entraide) et le Toit du monde soulignent l’impératif d’aider les personnes accueillies au Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) à écrire un récit très détaillé de leur vie.
Des pages de la Bible qu’on ne peut pas arracher
Cette aide envers les migrants, l’Église n’a cessé de la rappeler. Elle est inscrite dans la Bible, relève Stéphanie Babault, bibliste, en s’appuyant sur la Genèse (12,1), quand Dieu dit à Abraham : « pars de ton pays, de ta maison et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir ». Une migration avec la bénédiction de Dieu qui apporte la vie, mais aussi un voyage à l’intérieur de lui-même pour trouver son identité profonde. Camille, jeune française qui séjourne en Norvège, écrit à ASF Vivre sans frontières : « C’est une telle succession d’événements au début et vous devez tellement apprendre en peu de temps qu’on a l’impression de naître une deuxième fois, même si on ne se souvient pas de la première ! » Jean-Paul II affirmait : « l’Église est le lieu où les immigrés en situation illégale eux aussi sont reconnus et accueillis comme des frères ». Il ajoutait : « Le premier service que les chrétiens sont invités à rendre à ces personnes est de les aider à obtenir la régularisation de leur situation. […] Pour le chrétien, l’accueil et la solidarité envers l’étranger ne constituent pas seulement un devoir humain d’hospitalité, mais une exigence précise qui découle de la fidélité même à l’enseignement du Christ. » Comme le disait Mgr Pontier, « il y a des pages de la Bible qu’on ne peut pas arracher ».
Pierre Arnault
